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La Chanson de Roland 2e partie

En 1978 se tint à Laon une exposition consacrée à Roland. La directrice de la Bibliothèque municipale de Laon, madame Martinet, eut l'amabilité de me procurer le catalogue. Je lus à la page 42, le Mariage de Gisèle et de Ganelon : "Alors que toutes les annales royales et les textes officiels passent sous silence le mariage de Gisèle, soeur de Charlemagne, avec Ganelon, l'abbé Merlette a trouvé la mention des deux noms de Gisèle et de Ganelon réunis à la date du 13 juillet, dans l'Obituaire de l'abbesse Théodrade d'Argenteuil, fille de Charlemagne et de Hildegarde, morte vers 844. On trouve mention au 13 juillet d'un obiit pour sa tante Gisèle et son oncle Ganelon, époux de Gisèle, mort le 13 juillet 813, puisque Gisèle était décédée à Chelles le 30 juillet 810."

Emporté par son zèle, l'abbé Merlette ne remarqua même pas qu'il se trouvait en présence d'une falsification de l'histoire.

Gisèle n'eut jamais Ganelon pour époux, puisqu'il est patent que Ganelo est dérivé du toponyme Chanelaus et que Chanelaus n'était pas une personne physique, mais une presqu'île dans l'Escaut à Anvers, choisie arbitrairement par Turoldus.

Il est historiquement établi que Gisèle entretenait des relations très suivies avec Alcuin, qui fut, plus tard, évêque de Tours. Gisèle eut un fils, Hruodulf, Rodulf ou Raoul, et une fille Rodtrud. L'auteur de la légende de saint Gilles a délibérément créé une confusion entre Rodulf et Roland en faisant passer ce dernier pour un fils de Gisèle et de Charlemagne.

Dans l'Histoire tout court où il est question de Gisèle et où son nom n'est pas accolé à celui de Roland, il n'est jamais question de son époux.

Gisèle était très intime avec Alcuìn. Dans une lettre conservée d'Alcuin celui-ci adresse "aux pieuses vierges, à ma soeur Gisèle et à ma fille Rodtrud", il les appelle "ma chère soeur et ma fille, leur humble frère et père Alcuin". Il leur adressa aussi un commentaire sur l'Evangile selon saint Jean, son chef-d'oeuvre d'exégèse.

Toutes les suppositions sont permises lorsqu'il s'agit d'une légende d'église ce qu'est en réalité la Vita de saint Gilles.

Je citais plus haut, le catalogue de l'exposition de Laon. On peut y lire à la page 3 : "Roland de Laon. Roland porte sur ses vêtements les armoiries de Laon, sa ville : les Merlettes". Ceci semble être puisé aux Grandes Chroniques de France reposant au British Museum de Londres, Ms royal, 16 G, f 178 v, chez Rita Lejeune et Stiennon : La Légende de Roland dans l'art du moyen âge, 1965, B.M. Laon 257/MHL, photocopie. Madame Rita Lejeune et J. Stiennon sont professeurs émérites de l'université de Liège.

Les vêtements de Roland auraient donc été ornés de Merlettes, les armoiries de Laon, sa ville. A l'époque de la bataille de Roncesvalles, il n'était pas encore question d'armoiries. Deux merlettes ornent également le sceau de Turhold, l'actuel Torhout ; ce sceau rappelle un monastère bénédictin, l'écu que cet ordre portait à l'origine et qu'il porte encore.

Lorsque Saint Benoît résidait à Rome, une jeune femme du lignage des Merula tenta de le séduire. Merula est en français "merle".

Si Laon porte à présent des merlettes dans ses armes, ce peut être l'effet et non pas la cause.

Suivant la légende locale, c'est à Laon qu'aurait eu lieu le duel entre Thierry et Pinabel. La Chanson de Roland, à la laisse 281, place ce duel à Aix. A Laon, le champ clos est entouré de peupliers, de "abelen". De tous temps ce champ aurait été enclos de peupliers. Or l'abele flamand "le Pin-abele" est le pendant du peuplier français. Ne serait-ce pas la confirmation de ce que j'ai avancé au sujet de "Pin-abele"?

Dans le passage qui mène à la crypte de l'église de Saint-Gilles de Provence, on peut lire ces lignes gravées dans la pierre : "Anno Domini MCXVI hoc templum sancti AEgidii aedificari cepit mense aprili feria II in octava pasche".

Il existait une abbaye à Saint-Gilles, avant l'an 1116 ; mais en cette année-là fut construite la nouvelle église que le pape vint inaugurer, comme il avait béni en 1106 l'église de san Donnino à Borgo san Donnino.

Au sujet des églises de Borgo san Donnino - le Saint Domin des épopées - et de Saint-Gilles de Provence, les "Tesori cristiana", fascicule 30 du 24 septembre l966, notait "una intima fusione tra decorazione ed organismo architettonico che richiama puntualmente il prospetto della cattedrale provenzale di Saint-Gille".

Pascal II, le pape qui consacra les deux églises, avait aussi fait planter la Crux Caroli, la croix de Charlemagne, à Roncesvalles en 1106.

Faut-il croire qu'il fit une corrélation entre san Donnino, la Croix de Charlemagne à Roncesvalles, l'église et la légende de saint Gilles ?

Ramón Menéndez Pidal, dans son oeuvre maîtresse "La Chanson de Roland et la tradition épique des Francs" cite à la page 245, trois lettres qu'Alcuin aurait adressées à Charlemagne. "Vers 793, Alcuin écrivait à Charlemagne, l'exaltant à la fois comme triomphateur par l'épée et comme propagateur de la foi catholique ; il l'assimilait à David le psalmiste, l'élu et l'aimé de Dieu, qui triomphait par les armes tout en prêchant aux peuples la loi divine. Dans une autre lettre de 796, Alcuin félicite le roi ; il lui annonce la gloire qu'il obtiendra de Dieu pour avoir soumis les peuples idolâtres des Saxons et des Huns, les initiant à la connaissance du Christ. Au mois d'août 800, Alcuin congratule à nouveau le roi pour les triomphes qu'il a obtenus sur des peuples de la plus grande férocité, leur imposant le joug très doux de la foi chrétienne".

Alcuin eût-il écrit ces lettres si Charlemagne avait été le père de Roland, l'amant de sa soeur Gisèle? Que nous voilà bien loin des élucubrations de la légende de saint Gilles, écrite au onzième siècle !

Philippe Lauer a fait état, dans Romania LXVIII, 1944-45, de deux deniers portant l'inscription RODLAN. Il semble bien s'agir du héros de Roncesvalles ; ces deniers n'ont toutefois pu être créés dans un atelier de monnaie en Bretagne l'histoire n'ayant conservé aucun souvenir de pareil atelier.

Dans le même article, Lauer rappelle qu'un Rotholandus figurait parmi les fidèles appelés à juger un plaid à Herstal, entre 772 et 774. Si nous admettons que Roland avait à cette époque, une vingtaine d'années, nous devrions placer la date de sa naissance aux environs de l'an 752, alors que Gisèle, la soeur de Charlemagne, ne vit le jour qu'en 757.

De tout ce qui précède, il appert que la Chanson de Roland n'est pas née le long des routes de pèlerinages comme le supposait Bédier; que cette épopée ne s'est pas amplifiée des apports de poètes occasionnels mais qu'elle a été rédigée par un moine, Turoldus, au monastère de Turhold.

L'observation de Fawtier serait juste, lorsqu'il écrit que la Chanson de Roland paraît être un manifeste poétique en faveur de la dynastie déchue des Carolingiens, s'il avait placé la rédaction de l'épopée, non pas après la déchéance de cette dynastie, mais au moment des intrigues des Capet pour s'emparer du trône de la France.

Ce n'est pas à l'aide d'arguments que j'ai établi l'origine thioise, donc flamande, de notre épopée; j'en fournis ici les preuves.

La genèse, le prototype sont francs. On ne pourra plus en douter; les lettres Alpha et Omega établissent l'origine Turoldienne.

Les vers où il est question de la geste francor sont, ou bien un rappel à l'ancien texte dont Turold a pu faire usage et qui peut avoir été contemporain de Charlemagne ; ou bien le texte de Turold-même auquel le remanieur français de 1120-1124 se référait.

La thèse de l'origine méridionale du poème, chère à madame Rita Lejeune et à Boissonnade, est une erreur; faut-il rappeler que Roland était préfet ou comte de la marche britannique, donc en Flandre ? Que Chanabeus était une presqu'île à Anvers ; que Wineman était comte du château de Gand vers 960 ; que saint Domin s'identifie au moine Dom Linus du monastère de Turhold ; que saint Gislamerio de Borgo san Donnino n'est autre qu'un compagnon d'Anschaire, archevêque d'Hambourg-Brême, tirant ses ressources du domaine de Turhold ; que Pinabel n'est qu'un abéle encloué et que ce toponyme se retrouve à Strazeele en Flandre et non pas dans le lieu hypothétique de Sorence ; que Deurendal est une locution flamande pour "à travers tout" ; que Torvigant est un toponyme de Turhold ; que Moriane n'est nullement la Maurienne mais la Morinie, les Moëres dans l'ancien évêché de Térouanne en Flandre, ainsi que l'Espinoy la citait encore dans "Recherche des Antiquitez et Noblesse de Flandre", page 26, imprimé chez Marc Wyon à Douay en 1632 ; que les moines de Turhold ont suivi Meinhard, bénédictin de Gand et réformateur du Mont Saint Michel en 966, et ont porté les premiers en Normandie le nom de leur couvent Turold.

Que la Chanson de Roland fût très tôt connue et répandue en Provence et même en Espagne, n'a rien qui puisse surprendre. En effet, Winichilde, fille du premier comte de Flandre, Baudouin Ferreus, avait épousé Wytfrid, comte de Barcelonne. Ils fondèrent ensemble un couvent de moines en un lieu nommé Ripol où fut constitué premier abbé, Rudolf, leur fils aîné ; ils dotèrent le couvent de Montem Serratum, cum ecclesiis, ainsi que l'écrit Fra Francisco Diego de l'ordre des Frères prêcheurs, au livre deuxième de son Histoire des comtes de Barcelonne, fol. 67. Des relations ont toujours existé entre la Flandre, la Provence et la Catalogne. Il y eut même un comte de Flandre qui rimaillait en langue provençale.

Selon le professeur Pierre Le Gentil, la Chanson de Roland n'aurait pas été créée d'un seul coup; deux auteurs ou davantage ont pu y collaborer, vers 1100.

Ainsi que je l'ai démontré par ailleurs, notre épopée a été traduite vers l050 en franco-normand, pour être récitée aux noces de Mathilde, fille du comte Baudouin V de Flandre avec Guillaume de Normandie. Et une seconde fois en "île de France", entre 1120 et 1124 ; à cette époque un remanieur y ajouta la légende de saint Gilles, puisa à la chronique du pseudo-Turpin et emprunta aux récits des Croisés, notamment la découverte de la lance qui aurait percé le flanc du Christ. A cette époque-là, le gonfanon à la mandorle devint l'aurea flamma de Saint-Denis.

Les ajouts ont été, depuis la découverte du texte d'Oxford, le plus grave problème pour la datation de l'épopée.

Si l'on admet ma thèse de l'origine de la Chanson de Roland, le problème est résolu sans sollicitation de texte.

Horrent pense que le phénomène du remaniement ne sera jamais qu'entrevu. Par sa nature même, il est rebelle à tout schématisme géométrique, dit-il. Mais le remaniement est prouvé par les lettres Alpha et Omega du sceau de Turhold !

Menéndez Pidal trouve surprenant de ne pas rencontrer antérieurement à l'épisode de Baligant, les noms de Rabel et de Guineman, cités à la laisse 217 : Charles appelle Rabel et Guineman ; il leur commande d'être aux postes d'Olivier et de Roland. Que l'un porte l'épée et l'autre l'olifant. Dans le texte allemand du prêtre Konrad, ces deux compagnons ont nom Radbod et Wineman. Ce dernier devrait porter l'olifant de Roland. Or Wichman était comte du château de Gand au temps où Turold écrivit la Chanson de Roland. C'est dans le beffroi de Gand, bâti à la fin du onzième siècle qu'on appendit la première cloche Roland qui appelait les communiers flamands sous les armes. Une corrélation entre l'olifant de Roland et la cloche Roland?

Bédier cherche un sens caché au nom peu romanesque de Juliane, attribué à la reine Bramimonde à son baptême. Il n'y a pas de sens caché au nom de Juliane. Après avoir porté le nom de Valfuria (cf. p.20), ce lieu fut appelé Julia Fidentia, en l'honneur de Jules César, avant de prendre le nom, vers 962, de Borgo san Donnino. De son séjour à Julia Fidentia, Turold a emporté le nom de Juliane. A la page 210 de "La tradition épique des Francs", Menéndez Pidal écrit que "Charles avait placé à l'arrière-garde des capitaines de confiance et des nobles affectés au service du palais royal ; c'était la fleur de l'armée franque ; on les avait chargés de la garde du trésor militaire et des autres équipages".

A la page 212, "les assaillants pillèrent les équipages, s'emparant du trésor royal et d'un énorme butin".

Il est surprenant que tant d'érudits se soient penchés sur le texte du Roland et qu'aucun n'ait pensé à ce Gualter chargé de "conduire le maelgut", le trésor royal, le butin, bref l'équipage sous l'autorité de Roland.

Jusqu'à ce jour, personne n'a relevé l'erreur du copiste : "C'est moi, Gualter, celui qui conquit Maelgut"; personne ne s'est avisé de rectifier conquit en conDuit, ni de traduire le vocable flamand "maelgut" par trésor royal ou butin.

Une preuve de ce que la Geste francor a été écrite au dixième siècle est l'orthographe de maelgut. En ce siècle le son ou français s'écrivait encore u (comme en latin) en flamand. Au siècle suivant on voit apparaître les lettres  ou  en  Flandre  et  oe  en Brabant,  pour  le son  (d)ou(x) français.

Le professeur Maurice Delbouille, de l'université de Liège, dans "Sur la genèse de la Chanson de Roland" croit que la rédaction primitive du poème a été faite à l'occasion des premières expéditions françaises (?) en Espagne, à partir de celle du Normand Roger de Tosny en 1018.

Ceci est impossible ; la preuve se trouve dans la laisse 209: "Contre moi se rebelleront les Saxons, les Hongrois, les Bulgares et tant de peuples ennemis".

Turold pouvait écrire que les Hongrois étaient un peuple ennemi, avant l'accession au trône du duc Wajk, né à Esztergom en 969 et qui devint roi en 997, sous le nom chrétien d'Etienne. En 999 le pape Sylvestre II envoya à Etienne, le titre de roi apostolique pour le récompenser de son zèle dans la conversion de son pays au christianisme. Après l'accession au trône du futur saint Etienne ; personne n'était plus habilité à considérer les Hongrois comme un peuple ennemi de la Chrétienté.

J'ai lu quelque part, qu'un savant H.W. Klein a établi les coordonnées entre le texte allemand du Pfaffe Konrad et celui d'Oxford. J'ai établi à mon tour, ces coordonnées et je m'étonne que Menéndez Pidal estime (p 429) une scène capitale peu claire, à la laisse 61. Roland dit à l'empereur "donnez-moi l'arc que vous tenez au poing". A la laisse 62, c'est Naimme qui intervient : "Donnez-lui l'arc que vous avez tendu".

Pour Menéndez Pidal "certaines des parties (de la laisse) qui la composent ne figuraient pas dans l'original de la Nota". Moignet, p 77 : "On pourrait s'étonner de trouver un arc entre les mains de Charlemagne : au temps de la chevalerie, c'est une arme discréditée, dont ne se servent que les vilains utilisés comme soldats à pied".

Ces laisses 61 et 62 ont été remaniées, elles ne portent pas la marque d'origine AOt. Konrad, dans son texte allemand, ne parle pas d'un arc, mais d'une "Fahne", d'une bannière. Sans doute faut-il lire "le gonfanon de Charles" au lieu d'un arc. Konrad se servait d'un texte plus archaïque, encore que parallèle à celui d'Oxford.

 

Le gaudendart ou "goedendag" de Roland

Il y a, à Roncesvalles en Navarre, plus exactement à la Puerta de Ibañeta, un monument à la mémoire de Roland. Nul ne sait quand cette pierre monumentale a été érigée. Elle porte le nom de Roland; une copie de son épée Duerendal y verticalement appendue et deux masses d'armes, des "goedendags", sont croisées devant l'épée.

Une de ces masses d'armes aurait appartenu à Roland.

Nous sommes ici en pleine affabulation. La masse d'armes, un boulet garni de pointes rattaché par une chaîne à un bâton ferré n'existait pas encore au temps de Charlemagne. Seules les milices communales flamandes en firent usage contre la chevalerie française et plus particulièrement à Courtrai en 1302, à la bataille dite des Eperons d'or.

Tout porte à croire que le monument d'Ibañeta a été érigé après cette fameuse bataille qui libérait la Flandre et à l'issue de laquelle les peuples du sud de la Gaule applaudirent.

Pour Bédier "rien de ce bric-à-brac épique n'offre de l'intérêt", parce qu'il ne connaissait pas l'origine du gaudendart, le goedendag (bonjour) flamand. Il est certain que Roland ne possédait pas cette masse d'arme ; qu'en aurait-il fait, alors que cavalier, il portait déjà sa lance et son épée ?

Le gaudendart ou goedendag était une arme pour fantassin.

En 1967 le monument fut rénové ; personne ne semble avoir pensé à ce qui précède.

Une preuve de plus de l'origine flamande de Roland et de son épopée?

 

Chernuble

Chernuble est fendu de part en part, "deur end al" par l'épée de Roland. Nous pouvons suivre la pensée du poète : en latin cernuus, qui culbute après avoir été frappé de l'épée. Jongleur aussi. Nubilus, qui apporte les sombres nuages. Nous obtenons ainsi cernu-(nu)bilus, opposé au dieu Tor qui apporte, lui, la pluie bienfaisante.

Cernunnos, Kernunnos était un dieu gaulois dont la tête était ornée de cornes. Turold place ainsi son Dieu ou la puissance de son peuple en regard des divinités païennes.

Une légende bretonne veut que le pape Cornelius avait fui Rome et, poursuivi par les soldats romains, il se serait arrêté à Carnac. Là, il se serait retourné et se voyant toujours poursuivi, il aurait invoqué le Seigneur qui changea les troupes romaines en autant de pierres qu'on appelle dolmen. De là, l'alignement de Cornelius-Carnac. Il est plus probable, dit-on à présent, que les missionnaires ont fait évoluer le nom du dieu Kernunnos vers Cornelius.

Vers 1119-1124, un remanieur de l'Ile de France fit de Chernubles, le dieu manichéen Czernobog, le dieu de la matière, de l'obscurité totale, le dieu noir, du slave Czrno, noir et bog pour dieu. Tout comme chez Czernobog, les cheveux de Chernubles flottent jusqu'à terre, le soleil ne luit pas dans son pays, le blé ne peut y croître, la pluie n'y tombe pas, la rosée ne s'y pose pas, il n'y a pas de pierre qui ne soit toute noire. "Certains disent que les diables y demeurent". C'est donc bien le dieu de la matière, le dieu noir que décrit le poète.

Chernuble est de "Munigre"; munja en serbo-croate signifie foudre ; igra équivaut au français amusement, divertissement. "Quand il s'amuse, dit l'auteur, il porte par jeu, un plus grand fardeau que ne font quatre mulets quand ils sont chargés". N'est-ce pas le dieu noir, des ténèbres ?

La Chanson de Roland servit une fois de plus à la croisade, mais cette fois contre les Cathares du sud de la Gaule.

 

Le lion sur l'écu d'or de Roland

Le lion sur l'écu d'or ne parait pas dans le texte d'Oxford; il en a été éliminé parce qu'il rappelait trop clairement aux Français des années 1120 que Roland était Flamand. Mais le lion sur l'écu d'or - l'écu des Flandres - apparaît dans le texte allemand du Pfaffe Konrad, aux versets 3995, 4121 et 5041.

Les coordonnées des deux textes nous ont appris que Konrad fit usage d'un texte plus archaïque de l'épopée. Ainsi au verset 3985 Konrad écrit que Roland portait un lion sur son écu d'or. L'or était la forma Dei, le métal de Dieu entourant un symbole de courage humain. Konrad le répète au vers 4121 : "Tous avaient les yeux tournés vers le lion" de Roland. Le vers 5041 nous donne la conclusion : "Seuls deux hommes étaient encore en vie, Margarice et Chernubles. Chernubles s'attaqua vigoureusement à Roland, brisa sa lance et frappa de son épée sur le lion de l'écu d'or. Là-dessus, Roland devint furieux..." et suit alors la scène de "deur end al" de l'épée qui traverse tout; du heaume jusqu'au sol. (Laisse d'Oxford n 78)

D'autres textes que celui d'Oxford ont sans aucun doute, conservé les versets où il est question du lion (noir) sur champ d'or flamand. En effet, les Grandes Chroniques et Conquêtes de Charlemagne, de 1456, sont enluminées de miniatures représentant l'écu au lion sur champ d'or de Roland. Ces Chroniques portent les numéros 9064 et 9068 à la Bibliothèque royale à Bruxelles. Une de ces miniatures est reproduite à la page 153 de "La Chanson de Roland" de P. Le Gentil.

A la laisse 280 "ils pendent à leurs cous leurs écus à quartiers". Cette laisse ne porte pas la marque d'origine AOt ; elle a été ajoutée vers 1120 lors d'un remaniement. On n'a jamais fait la remarque que je sache, que les "quartiers" renvoient le prototype de l'épopée à la fin du dixième siècle, soit à quatre générations plus tôt, si l'on veut parler de quartiers. Dans les laisses antérieures on ne cite que les "connoissances" ; dans la laisse 280, sans AOt, apparaît pour la première fois, le mot "quartier". Le lion sur champ d’or de Roland prouve que Roland était Flamand, comte de la marche face aux Britanniques et les "écus à quartiers" nous fournissent la date approximative de l'élaboration de l'épopée : 980.

 

L'épée de Turpin

a nom Almace. Ce nom est propre à l'épée du croisé de Dieu. Almace, ou plutôt Almacht en flamand, signifie "toute-puissance", omnipotentia.

Une preuve à ajouter aux nombreuses autres.

 

La couleur des bannières

Dans le texte d'Oxford nous lisons toujours que les bannières sont blanches, rouges ou bleues. Elles ne sont jamais vertes et pour cause.

La croix que les paumiers ou romieux de Flandre portaient sur leurs vêtements était de couleur verte. Cette couleur a été intentionnellement écartée du texte d'Oxford. La répétition de cet "oubli" volontaire ne peut que renforcer la conviction de l'origine flamande de l'épopée.

Aux vers 632, 7174 et 8177 de Konrad, les païens et les chrétiens observent de part et d'autre des bannières de soie verte, rouge et blanche. Le vert de la Flandre a été remplacé par le bleu de roi des Capétiens. Qui pourrait encore en douter ?

Konrad n'avait aucune raison d'omettre une couleur ; il s'est borné à traduire le texte et la couleur verte y était certainement citée.

 

La lance d'Antioche

A la laisse 183, sans AOt, un remanieur nomme la lance "dont Notre Seigneur fut blessé sur la croix; Charles en a la pointe, grâce à Dieu, il l'a fait enchâsser dans le pommeau d'or. C'est à cause de cet honneur et de cette grâce que le nom de Joyeuse fut donné à l'épée".

Ces vers auraient été utilisés par Gaston Pâris pour dater la composition de la Chanson de Roland. En juin 1108, suivant un "nouveau classique Larousse, La chanson de Roland, par Guillaume Picot, agrégé de l'Université", un prêtre provençal, Barthélemy, prétendit avoir retrouvé à Antioche, la pointe de la sainte lance. En faussant une date, il est plus aisé de placer la genèse de la Chanson de Roland aux environs de 1120, comme le fit Boissonnade.

Ce n'est pas en 1108, mais en juin 1098, que cette lance fut "découverte" à Antioche. Turold n'a pu parler de cette lance en 980 et c'est pourquoi la laisse n'est pas marquée AOt.

Ainsi que nous l'avons vu déjà, la geste a été remaniée entre 1119 et 1124 en l'abbaye de Saint-Denis. La laisse 183 dans laquelle il est question de la lance, est un ajout. Cet ajout devait authentifier le nom de Joyeuse, le cri de guerre Monjoie et l'oriflamme de Saint-Denis que Suger fit passer alors pour la bannière de Charlemagne. L'ajout ne trompe plus personne. Le roi de France n'a pas participé à la première croisade de 1096 ; à cause de son concubinage, il avait été placé au ban de l'Eglise.

La lance n'ayant été retrouvée qu'en juin l098, Charlemagne ni aucun de ses descendants, n'a pu déposer cette lance à la Sainte-Chapelle à Paris ou autres lieux. Le fer qu'on y exhibe n'est donc qu'une quelconque ferraille.

Boissonnade suppose que la Chanson de Roland a été écrite vers 1120 ; il considère le remanieur de cette époque, comme l'auteur lui-même.

F. Lot à la page 270 de ses "Etudes sur les légendes épiques" ne prend nullement l'affirmation de Boissonnade au sérieux : "ce succès de la Chanson de Roland n'est pas moins inexplicable: ce succès fut rapide, foudroyant, car son poème, composé après 1120, selon Boissonnade, est célèbre en Europe dès 1124-1125. De nos jours, avec tout le concours d'une savante réclame, un poème pourrait difficilement arriver à une célébrité aussi universelle, en un espace de temps aussi court."

Les savants Menéndez Pidal, René Louis et Pierre Le Gentil estiment qu'au moins deux auteurs ont rédigé la Chanson de Roland: l'auteur initial, le génial moine flamand Turoldus de Turhold, nommé en fin de l'épopée et un remanieur des années 1119-1124.

Selon le professeur Horrent, de l'université de Liège, "le phénomène du remaniement ne sera jamais qu'entrevu. Par sa nature même, il est rebelle à tout schématisme géométrique".

Peut-être le professeur Horrent changera-t-il d'avis, après avoir lu cette étude. Mais il devra convenir au préalable que les lettres AOt marquent le prototype et proviennent du sceau de l'abbaye de Turhold.

 

Pourquoi Roland plutôt qu'un autre ?

Des savants français ont posé la question, pourquoi Roland plutôt qu'un autre est-il devenu le héros de l'épopée ?

Einhard, intime de Charlemagne et secrétaire de son fils Louis le Pieux, dans sa "Vita Karoli", écrite vers 830, nomme Eggihardus, Anselmus et Hruodlandus, ce dernier Britannici limitis praefectus. Il cite Roland le dernier et c'est pourtant à celui-ci que Turold donne la préférence. Pourquoi ?

N'est-ce pas parce que Roland avait été comte de la marche entre le Sincfal et la Somme, entre l'embouchure de l'Escaut et le fleuve formant frontière de ce pays qui s'est appelé depuis, la Flandre ?

Il est probable, même certain, que Roland était déjà populaire entre la côte de la mer du nord et Aix-la-Chapelle, donc en pays thiois, lorsque Turold eut l'idée de créer son épopée.

L'histoire nous apprend que les Francs chantaient le courage des combattants après chaque bataille. Ils chantaient aussi "de mauvaises chansons" sur ceux qui avaient manqué de courage ou qui n'avaient pas frappé assez fort.

Charles aimait écouter ces sagas chantées ; il les fit mettre par écrit et réunir. A l'instigation des moines, Louis le Pieux fit brûler toute la collection de sagas. On a beau dire à présent, qu'il ne reste aucune trace de ces chants barbares.

Au moment où le duc de la Francia, ce petit duché qui ne s'étendait que de Laon à Orléans, voulut évincer le dernier descendant de Charlemagne et usurper tout l'empire ; au moment où l'Islam menaçait l'Europe à l'est et au sud, le génial moine Turold, au monastère de Turhold près de Bruges, prit la plume pour rallier toutes les forces occidentales sous le sceptre du dernier carolingien. Son intention est encore claire : sauver l'empire en libérant la Terre Sainte et prêcher la fidélité à l'empereur légitime.

Turold écrivit son épopée pour la vieille noblesse franque, celle que Charlemagne avait créée et qui résidait autant en pays germanique que dans les châteaux de ce qui, depuis, est devenu la "France".

Quelle langue parlait cette noblesse vers 960-980 ? Le franc bien sûr, un idiome germanique d'où sont issus le thiois et le tudesque, le moyen néerlandais et l'allemand.

Dans ses "Lettres sur l'histoire de France", Augustin Thierry l'a dit clairement : "Sous les noms de France et de Français, nous étouffons la vieille nation tudesque dont ces noms rappellent seuls l'existence mais qui a imprimé autrefois bien des traces de son passage sur le sol que nous habitons."

Même au treizième siècle le mot franc exprimait tout ensemble la richesse, le pouvoir et l'importance politique ; on l'opposait à chétif, c'est-à-dire pauvre et de basse condition.

Pour se faire comprendre des barons au fond de leurs châteaux, de quelle langue Turold dut-il faire usage, si ce n'est du franc ?

Ce n'est pas au peuple qu'il s'adressait vers 980, mais aux ducs, aux comtes, aux barons, à ceux qui détenaient le pouvoir. Ce pouvoir qui était aux mains de la vieille noblesse.

L'épopée devait donc être thioise ou flamande.

Einhard était abbé laïc de l'abbaye de Gand, soeur de l'abbaye de Turhold. On sait le nombre de copies existant de sa Vita Karoli ; on peut en déduire que cette Vita aura été déposée aussi, au moins à Gand où Turold s'il en était besoin, a pu en prendre connaissance. Mais même cela me semble superflu. Le nom de Roland, préfet en Flandre - et non pas en Armorique - était sur toutes les lèvres. On relève, en effet, plus de 380 fiefs et arrière-fiefs portant le nom de Roland ou celui de Roncesvaels en Flandre, dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais. Et encore d'innombrables lieux-dits de Roland ou de Roncesvaels.

Après son voyage en Italie, vers 960, Turold se mit à écrire. En 962 c'est à Borgo san Donnino - voyez Dom Linus de Torhout - que s'est arrêté l'empereur Otto I se rendant à Rome. Giselmar y est vénéré comme un saint. Rembert de Torhout, évêque d'Hambourg-Brême, est le patron de Calenzano près de Prato, sur la route de Rome, suivie par Turold.

C'est de Julia Fidentia-Borgo san Donnino que Turold rapporta le toponyme Valfuria, et Julia(na), ainsi que le souvenir de la légion thébaine Jovia Felix.

Il puisa d'autres noms dans ce qui l'entourait : Tervagant, Chanelaus-Ganelo, Reginbald, Hamesburg, Wichman, Pinabeel, Naimme et tant d'autres.

Dans le texte-même, nous trouvons des preuves flamandes telles que Almacht, maelgut, deurendal, la bannière verte des Flamands, le gaudendart de Roland, Blaye-Blavutum-Blaevoeten, l'Alpha et l'Omega du sceau de Turold, le lion ornant l'écu d'or de Roland.

Rien, absolument rien n'indique que le prototype fût français.

Pour paraphraser Bédier : le premier chef-d'oeuvre de la langue française sans lequel il n'y aurait pas de littérature française, est une oeuvre flamande et rien que flamande. Le texte d'Oxford n'est que la traduction remaniée d'une épopée de ce poète de génie, Turold de Torhout en Flandre !

 

Analyse de la Chanson de Roland d'après le manuscrit d'Oxford, traduction, notes et commentaires par Gérard Moignet, professeur de linguistique française à l'université de Paris-Sorbonne, édition Bordas.

 

Pour établir les coordonnées entre ce texte et celui du Pfaffe Konrad, j'ai fait usage du texte allemand de Dieter Kartschoke, édité par la Fischer Bücherei ; ce qui me permet de répondre aux nombreux doutes émis par la critique française et de les lever.

J'ai dit que Marsilie est le nom flamand de la ville de Marseille. A la page 24 de l'édition Bordas figure une miniature du Miroir historial de Vincent de Beauvais, datant du XVe siècle, conservé au musée Condé à Chantilly. La légende dit "De la mort du roy Marseille et du trespas Rolland".

Au quinzième siècle, on savait donc encore que Marsilie se rapportait directement à Marseille ainsi aussi le nom de Marganice qui était celui de la Bidassoa aux premiers siècles de notre ère.

Dans la Chanson de Roland de Pierre Le Gentil, professeur à l'université de Paris, figure à la page 153 une miniature des Chroniques et Conquêtes de Charlemagne, datant de 1458, conservée à la Bibliothèque royale à Bruxelles, là, l'écusson d'or de Roland est orné du lion de Flandre, ainsi qu'en fait état le texte de Konrad, au vers 3985: "Le généreux Roland portait un lion en relief sur son écu d'or".

La première laisse du texte d'Oxford se termine sur les lettres AOt ; la seconde n'est pas marquée de ces lettres, la troisième l'est bien.

Moignet, à la page 31, fait observer que les trois lettres AOI qui reviennent 180 fois dans le texte du Roland, généralement en fin de laisse, ont suscité un très grand nombre d'hypothèses : refrain musical, vocalise, indication pour le jongleur, invitation à écouter, abréviation d'ainsi soit-il, abréviation du refrain halt sunt li pui, abréviation d'amen, lettres gnostiques, cri de bataille de l'ennemi, abréviation d'alleluia, exclamation d'encouragement et d'enthousiasme comme le refrain ahoi de certaines chansons de marche allemandes.

Aucune de ces hypothèses n'est pleinement convaincante. AOI garde tout son mystère, conclut Moignet.

Lorsque Francisque Michel découvrit le texte à Oxford, il en fit part dans l'exaltation du moment, à son ami le conseiller Monmerqué à Paris. Il lui écrivait : "... et chaque couplet se termine par AOi que vous m'expliquerez. Ne serait-ce pas le cri away, cri d'élan sur l'ennemi?"

Or Francisque Michel, dans sa hâte, a mal lu : il ne s'agit pas de AOi, mais de AOt. A plusieurs reprises, Moignet a reproduit dans son livre, une partie du texte original d'Oxford. Ainsi à la page 237 où nous voyons en fin de la cinquième ligne, les fameuses lettres AOt. Il suffit de comparer la t au t final de Baligant en première ligne, au t final d'espiet en quatrième ligne, au t initial de turnee en cinquième ligne pour être convaincu de l'exactitude de cette observation: il s'agit bien d'AOt et non pas d'AOi, qui n'aurait d'ailleurs aucun sens.

A(lpha) et O(mega) indiquent que la laisse ou partie de laisse provient du prototype de (t)urhold, Torhout en Flandre, Voir à ce sujet, le sceau du monastère de Turhold en fin du volume.

Selon Moignet à la page 32 "L'association des noms d'Olivier et de Roland remonte au début du XIe siècle, ce qui suppose l'existence d'un poème ancien célébrant les deux héros". Ce que je m'efforce à prouver, que le prototype, la genèse de la Chanson de Roland remonte aux années 980 au plus tard.

Note en bas de page 39, "L'archevêque Turpin... Un clerc du XIIe siècle a fabriqué sous son nom une chronique latine relatant l'histoire de Charlemagne et de Roland, dite le Pseudo-Turpin".

Cette chronique fut fabriquée entre 1110 et 1119 dans l'entourage de Gui de Bourgogne, archevêque de Vienne en France.

Il y eut environ trois cents manuscrits en circulation au cours du douzième et du treizième siècle. Suivant cette chronique, Roland aurait eu un frère du nom de Baudouin, prénom porté presque exclusivement par les comtes de Flandre. Il est dit aussi que Charlemagne aurait enseveli à Belin, avec d'autres héros de chansons de geste, Arastain, roi de Bretagne ; on savait donc au douzième siècle que Roland n'avait pas été comte de la marche de Bretagne. En effet, l'invention de ce roi exclut la possibilité de l'existence d'une marche et d'un comte de cette marche.

Vers 1150 cette chronique du pseudo-Turpin fut jointe au Guide des Pèlerins à Santiago de Compostelle ; mais au commencement du XVIIIe siècle les chanoines de Compostelle ont jugé la chronique du pseudo-Turpin indigne de rester dans le Codex, parce qu'apocryphe. Ils l'en ont séparée et fait relier vingt-neuf feuillets à part.

Gui de Bourgogne fut recommandé pour le Saint-Siège par le pape Gélase II qui avait fui Rome et s'était réfugié à l'abbaye de Cluny. Il fut élu pape en 1119 par deux cardinaux-archevêques seulement en l'abbaye de Cluny, conformément à un décret papal de 1059.

Il est historiquement établi que la chronique du pseudo-Turpin fut écrite dans l'entourage de Gui de Bourgogne ; elle date donc d'avant 1119 puisque Gui devint pape sous le nom de Calixte II en cette année, et qu'il quitta Vienne.

En 1119, Calixte II consacrait solennellement le monastère et l'église de Saint Antoine de Viennois, où siégeait dès lors un ordre célèbre. Le promoteur avait été Guy Didier ou Guion de Saint Antonie que nous retrouvons au verset 1624 d'une laisse sans AOt et d'une obscurité à décourager le plus patient des critiques.

Notons pour la petite histoire que Gui de Bourgogne avait une soeur, Clémence épouse du comte Robert II de Flandre, qui conduit la première croisade en 1096.

En 1120 Calixte II éleva Compostelle à la dignité de métropole.

Apparenté aux maisons royales de Castille et d'Aragon, il édicta en faveur des croisés d'Espagne, les mêmes indulgences qu'à ceux d'Orient, la rémission des péchés et le salut éternel.

Le neuvième concile général de Latran fut tenu en 1123 sous l'autorité du pape Calixte II.

A la laisse 14, nous lisons le toponyme Haltilie, qui deviendra plus tard Haltoie. Il s'agit de Houtave près de Turhold en Flandre, Haltava en latin.

Neimes, à la laisse 16, appartient à un lignage flamand. Un de ses descendants figure comme cosignataire d'un acte donné par Thierry d'Alsace, comte de Flandre, le jour de la Saint Laurent, l'an 1161.

Pour récompenser la fidélité de Naimes, l'empereur créa un marquisat qui prit le nom de son fondateur, Namen, actuellement Namur. Il avait pour mission de purger les rivières de pirates, les forêts de voleurs et de défendre les frontières contre les "barbares". Il s'acquitta avec honneur de cette triple mission et augmenta les fortifications de la ville et du château de Namen, peupla d'habitants les rivages de la Meuse, principalement vers Dave et Namèche et les encouragea à cultiver les terres. Naimes laissa deux enfants; l'un nommé Arnold, fut un des huit archidiacres de Liège, institués sous l'évêque Gerbald ; le second, Theodoric, épousa Pentecoste, fille de Raduz d'Exprez, troisième comte de Huy et succéda à son père dans le marquisat de Namen. On attribuait à Theodoric, surnommé le Magnanime, la fondation d'un château assez célèbre, Theodoricum castrum, qui s'élevait sur la rive droite de la Meuse, non loin de l'abbaye de Waulsort.

En 804, le pape assisté de l'évêque de Liège Gerbald, consacra l'église saint Pierre à Uccle près de Bruxelles. (Galliot, Histoire de la province de Namur, Liège 1788)

Remarquons que la laisse 20 dans laquelle Roland dit "Ce sera Ganelon, mon parâtre" n'est pas marquée des lettres AOt ; elle a été remaniée, entre 1119 et 1124. La légende de la naissance incestueuse de Roland a déjà été commentée.

Au verset 287 Ganelon dit à Roland : "On sait bien que je suis ton parâtre".

On a l'impression de ce que le remanieur a voulu confirmer par cette phrase l'invention de la légende de saint Gilles du début du onzième siècle. De là cette répétition.

Dans les laisses 23 et 24, les lettres AOt ne se trouvent pas à la fin, mais dans le corps des laisses, d'où nous devons conclure que seule la première ligne de la laisse 23 provient du prototype. "J'ai pour femme votre soeur... j'en ai un fils, Baudouin..." doit être considéré comme ajouté.

Monument de Roland à Roncevaux

Monument de Roland à Roncevaux